La DHT joue un rôle central dans certaines chutes de cheveux, mais elle n’explique pas tout. Ce qui compte, ce n’est pas seulement le niveau hormonal, c’est surtout la sensibilité du follicule et le dessin de la perte: tempes, sommet du crâne, raie qui s’élargit, densité qui baisse lentement. Je passe ici en revue son mécanisme, les signes qui orientent vers une alopécie androgénétique, les examens utiles et les solutions qui ont réellement du sens en pratique.
Ce qu’il faut retenir avant de traiter la chute de cheveux
- La DHT n’est pas “mauvaise” en soi; elle devient problématique surtout sur des follicules génétiquement sensibles.
- La chute androgénétique est progressive, souvent fronto-vertex chez l’homme et diffuse au sommet chez la femme.
- Un dosage sanguin de DHT ne suffit pas à lui seul pour expliquer une perte de cheveux.
- Le diagnostic clinique prime, avec parfois un bilan ferritine, thyroïde et autres causes associées.
- Les options les plus utiles reposent sur la régularité et sur un suivi de plusieurs mois, pas sur une solution express.
Ce que fait la DHT sur le follicule pileux
La dihydrotestostérone est un androgène produit à partir de la testostérone grâce à la 5-alpha-réductase. Dans le cuir chevelu, elle n’agit pas comme un simple interrupteur on/off: elle modifie le comportement du follicule au fil des cycles. Chez les personnes prédisposées, elle raccourcit la phase de croissance, fragilise progressivement la racine et provoque une miniaturisation folliculaire, c’est-à-dire un cheveu de plus en plus fin, plus court et moins visible.
Je préfère voir ce mécanisme comme un ralentissement progressif de la “fabrication” du cheveu plutôt que comme une chute brutale. Le cuir chevelu continue à produire des cheveux, mais ils perdent en calibre et en tenue. C’est précisément pour cela que la perte paraît souvent discrète au début, puis devient évidente sur les tempes, le vertex ou la ligne de raie. Cette logique mène directement à la vraie question: pourquoi certains follicules réagissent-ils plus que d’autres ?

Pourquoi certains follicules réagissent plus que d’autres
Le point clé, à mes yeux, n’est pas la DHT seule, mais la sensibilité locale du follicule. Deux personnes peuvent avoir des taux hormonaux comparables et des cheveux très différents, parce que l’expression des récepteurs androgéniques, l’activité locale de la 5-alpha-réductase et la génétique ne sont pas les mêmes. Autrement dit, le terrain compte autant que l’hormone.
Chez l’homme, la forme la plus classique touche d’abord les golfes et le sommet du crâne. Chez la femme, le schéma est souvent plus diffus, avec un élargissement de la raie et une baisse de densité sur le dessus du cuir chevelu, alors que la ligne frontale est longtemps préservée. La ménopause, certains troubles de type hyperandrogénie et le syndrome des ovaires polykystiques peuvent aussi jouer un rôle, mais il serait réducteur de tout résumer à un “excès d’hormones”. En pratique, c’est souvent la sensibilité du follicule à un niveau normal de DHT qui fait la différence. Avant d’agir sur la DHT, il faut donc vérifier que l’on est bien face au bon type de chute.
Reconnaître une chute liée aux androgènes sans se tromper
La chute de cheveux liée aux androgènes a une signature assez reconnaissable, mais elle est souvent confondue avec d’autres causes de perte diffuse. Je regarde toujours trois choses: la forme de la perte, sa vitesse d’installation et les signes associés. Une progression lente avec affinement des cheveux pointe plus volontiers vers une alopécie androgénétique qu’une chute aiguë déclenchée par un stress, une fièvre, un accouchement ou un traitement récent.
| Situation | Aspect typique | Ce qui oriente | Ce qu’il faut vérifier |
|---|---|---|---|
| Alopécie androgénétique | Cheveux qui s’affinent, tempes ou sommet atteints, raie plus large | Évolution lente, antécédents familiaux, miniaturisation visible | Examen clinique, dermoscopie, suivi de l’évolution |
| Effluvium télogène | Chute diffuse et parfois impressionnante | Début 1 à 6 mois après un stress, une maladie, un postpartum ou un médicament | Recherche du déclencheur et correction du terrain |
| Carence, thyroïde ou autre cause systémique | Cheveux ternes, fatigue, ongles fragiles, parfois cuir chevelu irrité | Signes généraux ou inflammation du cuir chevelu | Bilan ciblé selon le contexte |
Le piège le plus fréquent, c’est la superposition des causes. Une alopécie androgénétique peut être “révélée” par un effluvium télogène, ce qui donne l’impression d’une dégradation soudaine alors que le terrain était déjà fragile. C’est souvent là que le diagnostic doit être affiné, sinon on traite le mauvais problème. Une fois le tableau identifié, la question devient celle de la prise en charge et du tempo des résultats.
Ce qui aide réellement à ralentir la perte
Je préfère raisonner en trois objectifs: limiter la miniaturisation, soutenir la phase de croissance et corriger ce qui entretient la chute. Les solutions les plus sérieuses ne donnent jamais un résultat immédiat, et c’est une information importante à intégrer dès le départ. Le traitement se juge sur plusieurs mois, pas sur quelques semaines.
| Option | Rôle principal | Pour qui | Limites |
|---|---|---|---|
| Minoxidil topique | Prolonge la phase de croissance et aide à densifier | Souvent première étape chez l’homme comme chez la femme | Résultat lent, irritation possible, usage régulier indispensable |
| Finastéride | Réduit la conversion de testostérone en DHT | Surtout chez l’homme, sur prescription | Effets indésirables possibles, contre-indiqué pendant la grossesse |
| Dutastéride | Bloque plus fortement la production de DHT | Cas sélectionnés, quand la réponse est insuffisante | Plus puissant, donc à réserver à un avis médical éclairé |
| Antiandrogènes chez la femme | Diminuent l’effet des androgènes sur le follicule | Certaines situations féminines, surtout si hyperandrogénie associée | Suivi nécessaire, choix individualisé |
| Laser de faible intensité | Option d’appoint sur le cycle pilaire | En complément, pas comme unique stratégie | Effet modeste et dépendant de la régularité |
Le minoxidil n’agit pas sur la DHT elle-même, mais il peut améliorer la qualité et la durée du cycle pilaire. Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase, eux, visent plus directement la voie androgénique. Chez la femme, la stratégie doit être plus nuancée: on ne traite pas de la même manière une patiente avec simple éclaircissement diffus, une femme ménopausée ou une situation associée à des signes d’hyperandrogénie. Et si la perte est déjà ancienne ou très avancée, la greffe capillaire peut se discuter, mais seulement une fois la chute stabilisée, sinon on déplace le problème sans le régler. Reste ensuite à éviter les mauvais réflexes, car ce sont eux qui font perdre le plus de temps.
Les erreurs qui font perdre du temps
- Attendre qu’une alopécie progressive “se calme toute seule” alors que le schéma s’installe depuis des mois.
- Changer de produit ou de stratégie toutes les 3 semaines alors qu’il faut souvent 4 à 6 mois pour juger un traitement.
- Multiplier les compléments sans avoir identifié une vraie carence ou une autre cause associée.
- Demander uniquement un dosage hormonal et conclure trop vite si les chiffres sont “normaux”.
- Utiliser des bloqueurs hormonaux sans encadrement médical, surtout en cas de projet de grossesse ou de doute diagnostique.
- Ignorer une irritation, des démangeaisons ou des squames du cuir chevelu, alors qu’une inflammation peut aggraver la perception de la chute.
Le fond du problème, c’est qu’on cherche souvent une réponse rapide alors que le cuir chevelu réagit lentement. Une stratégie trop précipitée donne surtout de la frustration. Quand ces pièges sont écartés, il devient plus simple de décider quand consulter et quoi demander au rendez-vous.
Les bons réflexes avant d’aller plus loin
Dans la pratique, je conseille de consulter dès que la densité baisse de façon nette, que la raie s’élargit, que les tempes se creusent ou que la chute dure au-delà de quelques mois. Un dermatologue peut souvent confirmer le diagnostic avec l’examen clinique et la dermoscopie, sans multiplier les examens inutiles. Selon le contexte, un bilan peut inclure une NFS, une ferritine et une TSH, surtout si la chute est diffuse, associée à de la fatigue ou à d’autres signes généraux.
- Prendre des photos standardisées tous les 3 mois, toujours avec la même lumière et le même angle.
- Noter les événements déclencheurs: maladie, postpartum, stress majeur, changement de médicament, régime restrictif.
- Surveiller les signes d’hyperandrogénie chez la femme, comme l’acné, l’hirsutisme ou des cycles irréguliers.
- Éviter les coiffures très serrées, la traction répétée et les agressions thermiques inutiles.
- Traiter l’inflammation du cuir chevelu si elle existe, car un cuir chevelu irrité complique toujours l’évaluation.
Je retiens surtout une règle simple: plus on intervient tôt, plus on garde de marge pour stabiliser la densité et choisir une stratégie supportable sur la durée. La DHT n’est pas un ennemi à combattre à l’aveugle, c’est un mécanisme à comprendre pour agir au bon endroit, au bon moment, sans se tromper de combat.